L'AUBE ASSAILLIE

CRÉATION 2005 - REPRISE 2007

Pour 12 danseurs, violoncelle et dispositif électronique en temps réel.
Durée : 23 minutes, Commande du CNSMD Lyon et de l'IRCAM
Création chorégraphique : Frédéric Lescure
Création musicale : Hèctor Parra
Assistante chorégraphique : Isabelle Terracher
Assistant musical : Eric Daubresse
Jeune Ballet du CNSMD de Lyon (direction, Jean Claude Ciappara)
Interprète : Amandine Lefèvre, violoncelle (CNSMD Lyon)

Nul ne peut ignorer que l'avenir est aujourd'hui menacé. L'aube c'est la fin d'une longue nuit. En travaillant avec les jeunes danseurs et musiciens du CNSMD de Lyon on a envie de leur offrir cette aube, qu'ils la vivent avec tout leur enthousiasme mais aussi qu'ils la défendent.
La musique d'Hèctor Parra m'impressionne par sa variabilité qui n'en altère pas le flux ; des qualités musicales antagonistes se superposent sans jamais nous dépister. C'est précisément ce que j'essaie de faire avec la danse : proposer une grande liberté de mouvements et d'intentions qui participent d'un discours limpide. Ainsi une séquence complexe s'organise soudain sans s'affaiblir, des formes apparemment isolées cristallisent en un trio au sens émotionnel clair, abstraction et théâtralité ne se démentent pas. Comme dans la superposition des réseaux, les trames de la danse et de la musique se conjuguent en révélant des structures plus larges, plus pures et plus extrêmes.
Frédéric Lescure, décembre 2004

Danse et musique représentent sans doute deux formes parallèles d’agir sur la perception du temps, de le modeler, de le façonner, de le sculpter. En contact avec la pensée chorégraphique de Frédéric Lescure je me sens invité à me plonger dans la recherche de nouvelles temporalités et catégories musicales qui, tout en partant d’une analyse approfondie sur le rythme, doivent me permettre une interaction productive avec les qualités de la danse.
J'envisage une musique où la friction des différents flux temporels donne lieu à une pulsion énergétique qui nous amène à une perception très profonde de chaque instant. Nous sommes ainsi plongés dans un état d’hyper concentration qui fait vibrer notre écoute dans ses échelles temporelles les plus fines. Cette attention nous permet d'identifier et mémoriser les signes qui construisent la macrostructure de la pièce. La forme de composition de la danse de Fréderic Lescure et son haut degré de liberté, cet espace vibrant habité, me suggère en tant que compositeur une musique avec un tissu de registres caractérologiques temporels très variés, que la danse rend encore plus lisible. L'emploi du violoncelle permet une "écoutabilité" du mouvement inégalable. Le geste instrumental est ici développé en même temps par l'électronique et par la danse. Mon choix consiste à faire entrer en vibration l’écoute du public avec sa perception visuelle, avec son expérience intime de la fluidité intérieure des danseurs, de sa plasticité corporelle.
Hèctor Parra, décembre 2004

« ENJEUX XXI » À L'IRCAM
Hector Parra et Frédéric Lescure ont présenté « l’Aube Assaillie », création musicale et chorégraphique pour 12 danseurs, violoncelle et dispositif électronique en temps réel. Les interprètes ressemblent de loin à des violoncelles. Ils errent, marchent telle une foule hagarde, tombent et se relèvent tandis que leur ombre les suit de prés sur le mur du fond. Sommes nous entre le mythe de la caverne de Platon et l’imminence d’une chute biblique ? Dans une lumière rasante, des trios se constituent. On applaudit la fluidité des portés, l’aspect improvisé de haut vol, le travail d’articulation du groupe, jamais laborieux. Ces corps vibrent, font voir les sons, révèlent leur parenté en termes de fléchissement, de repos, de silence.
[ Muriel Steinmetz, l’Humanité du 12 avril 2005 ]